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LOUIS SECK, MINISTRE DÉLÉGUÉ CHARGE DES ÉNERGIES RENOUVELABLES

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Louis Seck Ministre délégué chargé des énergies renouvelables« Nous avons un projet de centrale éolienne de 50 mégawatts en coopération avec la Kfw »

Le Sénégal entend investir à fond ses potentialités en énergies renouvelables. Dans cet entretien, le ministre délégué chargé des Energies renouvelables, Louis Seck, annonce un projet de 50 mégawatts à Saint-Louis, avec la Kfw (coopération allemande), le projet « un toit un panneau » solaire. Il aborde aussi les incidences de la loi d’orientation sur les énergies renouvelables.

Vous venez d’être nommé ministre des Energies renouvelables dans un contexte marqué par une crise énergétique globale. Pour notre pays, c’est la solution des énergies renouvelables. Malheureusement, on constate toujours des blocages. Où est-ce que ça bloque ?

Je vous remercie d’avoir accepté de venir m’interviewer pour parler de grands dossiers au niveau du ministère des Energies renouvelables. Vous me permettrez de remercier d’abord Monsieur le Président de la République, son Excellence, Maître Abdoulaye WADE qui a eu confiance en moi en me confiant ce département ministériel. Je remercie aussi le Premier ministre. Pour revenir à la question, c’est vrai qu’actuellement, nous vivons au niveau national comme international une crise énergétique sans précédent. Crise surtout due d’une part à un développement industriel accéléré des pays développés mais aussi à la flambée des prix des produits pétroliers. Comme on le dit souvent, le pétrole est appelé dans un futur pas si loin à s’épuiser, et c’est ce qui fait que nous voyons aujourd’hui les prix grimper. C’est pourquoi, il y a eu de temps en temps quelques difficultés en termes de production d’électricité. Pour ce qui concerne les pays en voie de développement, cette crise est plus dure. Parce que ces pays importent pour la plupart des produits pétroliers pour satisfaire leurs besoins énergétiques. Pour ce qui concerne le Sénégal, on est encore sous la tyrannie du pétrole parce que, malheureusement, nous ne sommes pas producteurs de pétrole. Nous dépendons entièrement du pétrole importé pour la satisfaction de nos besoins. Pourtant, nous avons des ressources alternatives avec un potentiel important en termes d’énergies renouvelables. C’est un paradoxe que nous vivons une crise énergétique pendant que de l’autre coté, nous avons un potentiel important en énergie renouvelable. Pourquoi cela ? Parce que nous avons mis du temps à mettre en place le cadre institutionnel qu’il faille pour développer ces énergies renouvelables. C’est pour cela que, dès qu’on nous a confié ce département, nous avons, comme on le dit, pris le taureau par les cornes pour essayer de finaliser rapidement le cadre institutionnel, législatif et réglementaire pour permettre un développement à grande échelle des énergies renouvelables. Ce qui va atténuer sinon réduire de façon drastique la crise énergétique que nous vivons aujourd’hui.

Pouvez-vous être plus précis sur les réformes que vous voulez apporter au cadre institutionnel ?

Disons que sur le cadre institutionnel, la première chose à dire est qu’aujourd’hui, il y a un ministère dédié exclusivement aux énergies renouvelables. Ce qui est une première en Afrique et au niveau mondial, je crois qu’après l’Inde, nous sommes le 2ème pays à avoir un ministère qui s’occupe uniquement des énergies renouvelables. La deuxième chose en matière de réforme, il faut dire que nous avons fini d’élaborer une loi d’orientation sur les énergies renouvelables. La loi a été votée au mois de juin à l’Assemblée nationale et il reste de la faire voter par le Sénat avant d’être promulguée par Monsieur le Président de la République. Nous pensons que d’ici la fin de l’année, on aura la loi promulguée. Parallèlement à cette loi, nous sommes en train aujourd’hui d’élaborer les textes réglementaires, c’est-à-dire les décrets d’application de cette loi. Nous pensons que concernant également ces décrets, d’ici décembre prochain, tout sera bouclé. Ce qui signifie qu’à la fin de l’année, nous devrions avoir un cadre légal, législatif et réglementaire finalisé pour le développement des énergies renouvelables au Sénégal.

Pouvez-vous revenir sur les grandes lignes de cette loi d’orientation sur les énergies renouvelables ?

Pour la loi d’orientation, disons qu’il y a deux grandes parties. La partie qui intéresse tout ce qui est application des énergies renouvelables pour la consommation domestique et l’autoconsommation. C’est à dire qu’on produit pour sa consommation propre. L’innovation est que tout équipement en termes d’énergies renouvelables destiné à l’autoconsommation sera totalement exonéré de taxes. L’autre partie de la loi d’orientation, c’est la production d’électricité à partie d’énergies renouvelables connectée au réseau. Cela signifie que toute personne physique ou morale pourra, selon les procédures existantes, produire de l’électricité à partir de centrales solaire, éolienne à biomasse et vendre l’électricité produite à la Senelec en la mettant dans le réseau. Pour cette partie de la loi, il y a aussi un certain nombre d’avantages qui sont prévus pour permettre au secteur privé de venir investir dans les énergies renouvelables pour la production d’énergie. C’est avec l’appui de la coopération allemande et de l’AFD qui nous soutiennent que nous sommes en train de finaliser de ce cadre.

La coopération allemande accompagne le Sénégal dans l’énergie solaire. L’Aser a entrepris un vaste programme d’électrification rurale grâce au solaire. Donc il y a un existant. L’avez-vous évalué ?

Je dirais qu’on n’a pas trouvé l’existant mais nous sommes arrivés avec l’existant. Cela signifie que nous étions là quand ce premier projet solaire était développé au Sénégal avec principalement la coopération allemande mais également d’autres projets avec les coopérations japonaise, espagnole et indienne. Avec la coopération allemande, qui a beaucoup contribué à l’émergence d’une culture solaire au Sénégal, nous avons fait une évaluation. C’est à partir de cette évaluation que nous sommes arrivés à la conclusion suivante : pour développer les énergies renouvelables au Sénégal, il faut créer le cadre institutionnel, légal et réglementaire, parce qu’à l’époque, il n’y avait pas de cadre. On venait et on créait des projets avec les financements.

La partie production d’électricité à vendre va toucher un domaine sensible, la Senelec. Est-ce que vous avez des appréhensions sur cette question pour qu’il n’y ait pas d’anicroches ?

Il n’y aura pas de problèmes car la réglementation en vigueur pour la production d’électricité au Sénégal est claire là-dessus. Aujourd’hui, il est dit que la production de l’électricité au Sénégal est libéralisée. La Senelec ne va plus s’occuper de production, et toute nouvelle production d’électricité au Sénégal devra se faire par voie d’appel d’offres. L’attributaire devra construire sa centrale et vendre sa production à la Senelec. Donc, que ce soit une centrale classique normale à partir de produits pétroliers ou des centrales à énergies renouvelables, il n’y aura pas de problèmes. On va faire des appels d’offres et le soumissionnaire qui va gagner va contracter avec la Senelec et mettre son électricité dans le réseau. Ce que nous avons prévu, c’est que dans la loi d’orientation sur les énergies renouvelables, il y a une période transitoire pour les deux premières années pendant lesquelles un comité sera créé pour agréer les projets qui sont déjà là et qui n’attendent que la mise en place du cadre réglementaire pour être mis en oeuvre. Ces projets seront étudiés et, après agrément des meilleurs, leurs porteurs seront mis en rapport avec la Senelec pour négociation sur des contrats d’achat.

On dit que dans les pays avancés, en matière d’énergies renouvelables c’est d’abord l’Etat, l’administration publique qui a montré l’exemple en dotant les bâtiments officiels d’énergie renouvelable. Au Sénégal, on ne sent pas cette action. Il y a même un lobby pétrolier qui agit contre les énergies renouvelables...

Au Sénégal en termes d’énergies renouvelables, il y a beaucoup de choses qui ont été faites par l’Etat en rapport avec ses partenaires au développement. C’est dommage que nous n’ayons pas assez communiqué. Quand vous allez dans les îles du Saloum ou dans certaines localités de la région de Ziguinchor, vous avez beaucoup de villages qui sont électrifiés par le solaire. Vous avez des centrales solaires, des centrales hybrides solaires avec des groupes électrogènes, mais également des systèmes solaires individuels alimentant des ménages ou des infrastructures communautaires. Et terme de puissance installée, c’est extrêmement important. Malheureusement, ce n’est pas visible. On ne fait pas assez de reportages sur le solaire au Sénégal. Et en dehors des ces zones, partout au Sénégal, vous pouvez trouver des installations à base d’énergies renouvelables. Vous avez, par exemple au niveau de l’hydraulique, beaucoup de forages qui fonctionnent avec l’énergie solaire ou éolienne, beaucoup de maisons individuelles sur l’ensemble du pays, des écoles, centres de santé qui fonctionnent avec le solaire. C’est là où nous devons corriger notre politique de communication pour mieux informer les Sénégalais et leur rendre compte de ce que nous faisons. Maintenant, concernant les toitures couvertes de panneaux solaires, là, je dois vous dire qu’on a un important projet de toitures solaires avec la Senelec, le Port Autonome de Dakar (Pad) et le ministère de l’Energie. Le Pad a bien voulu mettre gracieusement ses entrepôts pour un projet de centrale solaire photovoltaïque. On a fait l’étude de préfaisabilité et la puissance à installer est de 5 mégawatts sur une superficie de 4 ha environ.

C’est un projet très intéressant. Est-ce que vous pouvez revenir sur cette question. Qui est l’initiateur, comment il a démarré et qui le conduit ?

Les initiateurs, ce sont son Excellence, Monsieur le président de la République et Monsieur le Ministre d’Etat, Samuel Amète Sarr qui à l’époque avait en charge la politique de développement des énergies renouvelables. Ces autorités ont souhaité voir se développer des toitures solaires de certains bâtiments administratifs. C’est ainsi que les entrepôts du port qui se trouvent à Bel Air ont été identifiés. Nous avons visité et envoyé une équipe de techniciens. Nous avons travaillé et évalué la superficie et pris tous les paramètres techniques des entrepôts et, au finish, nous avons fait l’évaluation pour savoir la puissance et le nombre de panneaux à installer.

Il est évident que dans votre lettre de mission il y a le projet d’augmenter la puissance à installer provenant de l’énergie renouvelable. Est-ce que vous avez un chronogramme bien précis pour cela ? Est-ce que vous vous êtes fixés un échéancier pour cela avec une réelle volonté politique ?

La volonté politique est marquée. D’abord en 2008, il y a eu l’élaboration et l’adoption de la Lettre de Politique de Développement du Secteur de l’Energie. Dans cette lettre, la volonté de diversifier l’approvisionnement énergétique du Sénégal a été notée. Dans cette même lettre, en termes d’énergies renouvelables, il y a un objectif qui a été fixé. C’est de porter à 15 % la part des énergies renouvelables et des biocarburants dans le bilan énergétique du Sénégal à l’horizon 2020. Aujourd’hui, nous avons un certain nombre de projets qui sont là. Nous avons la Senelec et l’Aser qui ont dans leur planning inscrit un certain nombre de projets à énergies renouvelables. Maintenant, tout ce qui reste, c’est la finalisation du cadre pour permettre la mise en oeuvre de tous ces projets et programmes.

Le gouvernement, après un mois de vacances, vient de reprendre ses activités. Quels sont les grands projets de votre ministère ?

Officiellement, le gouvernement était en vacance, mais certains ministres dont moi ne l’étaient pas. Au niveau de notre département ministériel, nous avons un projet dénommé « un toit un panneau ». Un projet d’énergie solaire qui consiste à équiper des ménages et des infrastructures communautaires par des systèmes d’énergie solaire photovoltaïque. Nous avons soumis ce projet pour financement à l’Union européenne et nous avons espoir de voir le financement accordé. Nous avons aussi un projet de centrale éolienne de 50 mégawatts en coopération avec la Kfw (Coopération allemande) qui nous accompagne avec la région de Saint-Louis. C’est un projet très avancé. Beaucoup d’études ont été faites et nous pensons, dès le début de 2011, commencer le complément des études avant le démarrage effectif de la mise en place des équipements vers la fin de 2011. Nous avons également un certain nombre d’autres projets aussi bien au niveau de l’énergie éolienne que solaire et de la biomasse. Tous ces projets seront réalisés avec le Ministère de l’Energie

Où en êtes-vous avec le projet du jatropha ?

Le jatropha, c’est une plante énergétique adaptée à la production de biocarburants qui font partie de nos attributions. Là également, on a un certain nombre de producteurs qui ont depuis 2 ou 3 ans semé ou planté du jatropha. Il y a un programme national biocarburant du Sénégal qui a été partagé avec l’ensemble des acteurs et qui est en train de se dérouler sous la coordination de l’Institut Sénégalais de Recherches Agricoles (Isra). Au niveau du ministère des Energies renouvelables qui a en charge la politique de développement des biocarburants, nous sommes en train de mettre en place le cadre légal et réglementaire pour permettre aux opérateurs privés de bien investir dans ce sous secteur.

Peut-on dire que le Sénégal est armé pour atteindre l’objectif de 15 % d’énergie renouvelable dans la production globale d’énergie ?

Je pense qu’on pourrait même dépasser cet objectif. Une fois que le cadre est mis en place, il reste au secteur privé qui a en charge la production de venir investir. Avec le potentiel que nous avons en énergie solaire, éolienne, biomasse, biocarburant, on peut facilement dépasser les 15 % si tout le monde s’y met : Etat, secteur privé, etc.

La partie sud du pays est traversée par beaucoup de cours d’eau. En tant que scientifique, y a-t-il une possibilité d’avoir une niche d’énergie à ce niveau ?

C’est vrai qu’au Sénégal, nous avons privilégié jusqu’ici l’énergie solaire, éolienne et la biomasse. Mais il y a d’autres formes d’énergies renouvelables qu’on pourrait développer au Sénégal. C’est la petite hydraulique, l’énergie marémotrice, l’énergie des vagues, etc. En ce qui concerne la petite hydraulique, des possibilités de son développement pourraient exister dans la région de Kédougou et en Casamance. Par contre, pour l’énergie marémotrice, on a un potentiel très important car nous sommes un pays côtier. C’est vrai que dans certains pays au monde, il y a quelques réalisations, mais je crois que cette technologie est encore à l’état de maturation et les coûts pour la développer sont assez élevés. C’est pourquoi, il nous faut beaucoup investir dans la recherche développement pour mûrir ces technologies qui sont encore à l’état expérimental. Au Sénégal, compte tenu de l’état de la technologie, on s’intéresse plutôt aux autres aspects de l’énergie renouvelable (solaire, éolienne et biomasse).

Aussi, avons nous décidé d’aller voir les chercheurs des universités et des grandes écoles de formations et de recherche comme l’Esp, le Cifres ou l’Ept pour voir ensemble comment encourager et renforcer la recherche-développement dans le domaine des énergies renouvelables.

Quels sont les moyens que le gouvernement compte mettre en oeuvre pour convaincre le maximum de privés d’investir dans le secteur ?

Nous allons mener une vaste campagne d’information, de sensibilisation et de communication pour faire la promotion du cadre institutionnel, légal et réglementaire de développement des énergies renouvelables au Sénégal . C’est vrai qu’à l’heure où nous parlons, les décrets ne sont pas encore pris. Ils sont en élaboration. Mais dans la loi, on a déjà indiqué un certain nombre d’avantages pour les personnes morales ou privées qui souhaiteront intervenir dans le domaine des énergies renouvelables.

   Source : Seneweb « Le Soleil du 04/10/2010 »   

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